Nos sorties musicales préférées de 2025

C’est la fin de l’année, c’est l’heure des listes pour beaucoup de publications, on arrive même un peu en retard mais bon, l’essentiel c’est de participer n’est-ce pas ?

On écoute beaucoup de musique au sein de l’équipe, et on voulait sélectionner quelques sorties qui nous ont beaucoup marquées cette année, tout format confondu. On a réussi à restreindre notre choix à une dizaine de sorties, qui nous paraissent essentielles pour tous les curieux que vous êtes, chers lecteurs. 

L’année a été très dense, il y a tellement de sorties qu’on est forcément passé à côté de grosses pépites, c’est le jeu, même s’il était pratiquement impossible de faire l’impasse sur oklou ou model/actriz par exemple, tous deux présents dans ce top. On vous a fait une petite playlist pour avoir un avant-goût de chaque sélection.

Bref, ce qu’on vous propose là, ça vient du cœur, faites-nous confiance.

Elias Ronnenfelt / Dean Blunt / Vegyn - lucre

Sortez votre meilleur livre de performative male, car vous avez là la quintessence de la musique qu’il vous faut écouter pour l’accompagner. Dean Blunt, Vegyn ET Elias Ronnenfelt tous trois associés sur ce mini EP intitulé lucre que l’on a écouté à peu près 60 000 fois ici au bureau (alors on a pas encore de bureau à proprement parler, mais dans l’effort de faire genre on a une rédac pro avec du personnel et tout ça passe quand même bien). 

Blague à part, ces 16 minutes, divisées en pistes intitulées seulement par des chiffres sont absolument parfaites. On y retrouve la guitare de Blunt si caractéristique, slacky et folkish accompagnée d’un son que je ne saurais décrire mais dont on comprend la patte du producteur Vegyn, qui enrobe le tout d’une touche électronique. Et puis Ronnenfelt, qu’on peut facilement trouver insupportable (c’est le cas pour nous), mais à qui on concède le fait d’être un super chanteur, il faut savoir faire la part des choses !

Le trio fonctionne à merveille, vraiment les 16 minutes passent toutes seules (l’EP était d’ailleurs initialement une seule piste publiée sur Youtube). Des balades d’une efficacité terrible, des boucles de guitares simplissimes, avec toute la nonchalance et slackiness possible pour un rendu des plus addictif. 

À tel point qu’on a utilisé un détail de la cover pour notre illustration d’article.

Slikback - Attrition

Attrition : nom féminin -> Usure (par frottement)

Rarement un album ne tient autant en haleine que celui qu’a signé Slikback cette année. Un son qui explore toutes les facettes d’une musique hautement technique, abrasive et déconstruite.

On y retrouve de tout : IDM, bass music, dubstep et trap mais à une sauce unique qui fait alterner chaque piste entre rythmes cérébraux au possible et moments de relâchement contemplatifs. 

Difficile de rendre justice à la maîtrise ultime de la technique de production dont il est question ici, le son est traité d’une main d’orfèvre, et les rythmes sont impossibles à prévoir tant on alterne sans cesse entre déconstruction et re-construction, pris au piège dans un cataclysme sonore digital. La rencontre entre production clinique et déflagration totale. On a l’impression à l’écoute de cet album d’entrer dans une simulation futuriste et de se faire manipuler les oreilles par des scalpels robotiques et minutieux.

Le producteur kényan montre une face trop méconnue de la scène électronique underground non-occidentale, et quoi de mieux comme vitrine que le label Planet Mu pour nous offrir ce bijou.

Model/Actriz - Pirouette

Les américains portés par Cole Haden sortent un deuxième album absolument dingue, qui repousse encore les limites du dance-punk pour un résultat entre sensualité et violence sonique parfaitement bien équilibré.

Impossible de ne pas être absorbée par la voix, la rage et le discours de Haden, qui délivre une performance incroyable sur chaque piste. Pirouette peut d’ailleurs renvoyer à ce personnage haut en couleur, théâtral (il faut le voir sur scène !) dont on écoute les déboires et difficultés à naviguer dans le monde actuel, mis à nu à travers les 11 pistes.

Leur son est juste irréplicable : une guitare piquée sur un tempo de techno dont je n’arrive pas à percer le mystère, un ping-pong intense d’érotisme et d’abrasion, à la fois dance comme noise frontal. Sensuel et industriel, leur son rassemble toutes les qualités possibles que la musique post-punk, techno et noise ont à offrir, rien que ça.

voyeur - The Burden Of Desire

Les mauvais groupes new-yorkais de rock alternatif et de post-punk qui ont tenté d’imiter ou d'innover dans la lignée de Sonic Youth ou de Nirvana, on pourrait sûrement en citer un paquet. Alors, lorsqu'on nous a parlé du quartet Voyeur en vantant les mérites de leur deuxième EP, Something Become You, en citant les ressemblances avec Kurt Cobain et certains titres de Kim Gordon, on l’a d'abord écouté, à tort, avec quelques pincettes.

On vous le dit direct : c’est un coup de cœur absolu que l’on ne peut que vous inviter à découvrir. Si on avait eu Bleu Minuit à l’époque, on se serait sûrement battus pour écrire dessus. Mais comme le hasard fait très bien les choses, cette année 2025 nous laisse une seconde chance, puisqu’elle marque également un tournant pour le groupe avec la sortie de leur premier album, The Burden of Desire.

Cette fois, plus aucune excuse pour le garder pour nous…

Oui, parce que croyez-le ou non, Voyeur, c’est surtout nouveau et ça fait du bien ! C’est une espèce de bulle dans le renouveau du rock new-yorkais post-Covid et une espèce de cocon pour les amateurs, comme nous, des années 90. On y retrouve toute la dichotomie de la ville que l’on aime tant. Les sonorités sont sourdes, stridentes, froides, bordéliques, mais réussissent à intégrer à merveille des mélodies plus romantiques, enveloppantes et mélancoliques.

Avec ce nouvel album, Voyeur conserve l’abrasivité qu’on avait tant adorée dans Ugly, leur premier EP tout aussi enragé, et dont le single éponyme criait la ressemblance entre la propre laideur de son leader, Jacob Andrew Lazovick, et celle du monde. Pour ce nouvel album, le groupe développe une sensibilité nouvelle ; c’est plus riche encore musicalement, plus poétique et peut-être plus personnel. Ici, le titre est une fois encore évocateur, car on nous parle bien du fardeau, du poids du désir. D'ailleurs, dans cette nouvelle idée, impossible de ne pas conclure en citant le morceau Anti-Ugly — en réponse  — où Lazovick chante cette fois  : « Je ne me sens plus laid quand je suis près d'elle. »

Oklou - choke enough

Comment passer à côté de l’ouragan Oklou en 2025 ? Impossible tout simplement. 

Si la poitevine (habitants de Poitiers, car oui elle vient de Poitiers) était déjà bien bien connue pour les diggers de musiques électroniques indées, là c’est le breakout le plus total. Vous l’avez normalement vue et entendue sur toutes les pages instagram possible, elle est omniprésente. Et à raison. 

Cet album est plus ou moins la consécration méritée depuis longtemps pour Oklou, qui met au point depuis des années un son éthérée et d’une douceur sans pareille, largement imprégnée d’une esthétique vaporwave et infusée de culture internet, comme le fait le grand pionnier Daniel Lopatin depuis déjà un certain temps (oklou a d’ailleurs assuré la première partie de son concert parisien en 2024). 

La qualité de production est stratosphérique, on dirait qu’on écoute de la musique produite par un petit agneau qui vit dans les nuages, procurant un sentiment de plénitude total. 

Voix quasi chuchoté, chant tout bas, des flûtes et orgues sublimes et des arpeggiators ultra entraînants tout du long. Elle a réussi à rassembler toutes les esthétiques pop, hyperpop, digitales et électroniques des 20 dernières années pour en faire une signature qui est la sienne et dont elle seule possède la recette.

N’oublions pas les bangers de dance que sont take me by the hand et harest sky ainsi que la balade ultime blade bird, bref elle sait tout faire et cet album sert de vitrine au grand public pour enfin se prendre la claque esthétique qu’est sa musique depuis déjà longtemps.

Honningbarna - Soft Spot

Qui eut cru qu’un des meilleurs albums hardcore de l’année viendrait de Norvège ? 

Alors attention, on parle pas un mot de norvégien ici, encore moins le dialecte de Kristiansand. Mais ça importe peu tant il est impossible de détourner l’oreille de la claque qu’a produit le groupe sur son septième album.

Les fans de groupes comme Show me the Body se sentiront comme à la maison avec ce son mêlant hardcore-punk, synthés bruyants et cris stridents. Les textes sont largement politisés et criés, comme sur l’énorme MP5 ou l’intro Schafer, même si on comprend pas vraiment de quoi il s’agit, j’en capte l’énergie.

C’est beaucoup chanté, on a le droit à plusieurs refrains en choeur, et c’est pas énervant (ce qui aurait pu l’être). Même la voix super aigue du frontman (qui ferait penser à Foda C de Columbine qui crie, pour ceux qui s’en rappellent encore) déchauffe pas mais au contraire colle parfaitement aux sonorités très abrasives de l’album.

C’est une proposition très frontale, avec une basse très en avant et un volume très élevé auquel on dit un grand oui !

Jenny Hval - Iris Silver Mist

Neuvième album déjà pour l’artiste chanteuse/compositrice/auteure/sorcière norvégienne (décidément), et pas des moindres !

Le titre, qui fait référence à un parfum de Serge Lutens, renoue l’obsession nourrie par l’artiste durant son adolescence pour les fragrances, et cet album se consomme comme l’on consommerait un parfum doux, évanescent et réconfortant, mais à la fois fantomatique.

Toujours bien ancré dans le style art-pop qu’on lui connaît, Hval accompagnée de ses musiciens créent une atmosphère idyllique et étrange, synonyme de flottement. Field recordings, guitares piquées et chant poétique, parfois à peine chuchoté et accompagnée de spoken-word, c’est un condensé de beauté éphémère que nous délivre l’écoute de ces 13 pistes. On y retrouve toute la poésie et l’humour de Jenny Hval, entre conversation et chant hanté, fait de voiles blancs qui sentent bon le coton frais.

Bref, beaucoup de comparatifs au final, la meilleure chose serait d’aller écouter par vous-même ce bijou.

Merzbow/Eraldo Bernocchi/Iggor Cavalera - Nocturnal Rainforest

Réunion intéressante de la légende du noise Merzbow, de l’ex-Sepultura iggor Cavalera à la batterie et le sorcier industriel Eraldo Bernocchi à la guitare pour un voyage en deux pistes au coeur d’une jungle nocturne et menaçante.

À la manière des pièces expérimentales des fins d’albums de clipping (dont une performance inspirée de Yoko Ono) on a le droit ici à une immersion complète en un territoire hostile mais dans lequel on se retrouve happé sans possibilité de sortir. 

Le field recording des insectes et des bruits de pluie sur les feuilles invitent à traverser cette jungle, en pleine nuit, avant d’être assailli par des drones menaçants, des murs de textures noise, d’interférences et de bourdonnements. L’aspect noise ne prend même pas le dessus à proprement parler, c’est une écoute qui se révèle même plutôt médiatrice, même pour les novices du genre. 

S’il y a bien une porte d’entrée vers l’univers du bruit à vous conseiller cette année, c’est celle-ci.

Moin - Belly Up

Le trio qui avait pondu un des meilleurs albums de 2024 avec You Never End nous livre ici une sorte d’appendice à celui-ci, sous la forme d’un EP de 19 minutes. 

On reprend les codes déstructurés, les boucles de batterie de Valentina Magaletti et certe ambiance chaotique slacky au maximum, cette fois-ci en accentuant le spoken-word et l’esprit free-jazz.

Basses lourdes, guitare mathcore et un flux de conscience et de mots parlés qui rendent l’expérience d’écoute méditative, au beau milieu d’un chaos contrôlé. On dirait qu’on écoute une répétition avant un concert, c’est trop bien.

LANDROSE - BRUT

Explosion explosion explosion !

Le projet solo du batteur bruxellois David Temprano mérite bien des éloges tant la claque qu’il nous met dans la gueule est violente. Batterie surchargée et surexcitée, des boucles dans tous les sens et des sirènes d’alarme, le tout à la sauce digital-punk bien comme il faut. 

Le voir en live c’est une chose (un mec solo qui tabasse sa batterie au milieu du public qui se casse la nuque à bouger la tête) mais l’écouter au casque c’est aussi un kiff. Ça paraît même fou de produire un son aussi taré et puissant tout seul, et pourtant.

Si vous aimez Machine Girl par exemple et la batterie, n’hésitez pas une seconde. C’est puissant, c’est brut (cf le titre) et c’est trop fun.

On espère que certains albums retiendront votre attention, feront peut-être même de vous de nouveaux fans ? En attendant, on espère que l’année prochaine sera aussi riche et intéressante que celle passée et on vous souhaite de superbes fêtes et une excellente année 2026. On a hâte de continuer l’aventure Bleu Minuit club avec vous.

la rédaction
31/12/2025