Dès leur déménagement à Paris en 2003, Rick Owens et Michèle Lamy commencent à concevoir ensemble leur propre mobilier, étendant cet univers créatif à l’objet. Chez lui, l'art, la mode et l'acte créatif en général sont des lieux de résistance à la banalité, des moyens de renouveler le regard porté sur le beau ou le confort. Leur esthétique s'impose rapidement autour d'une signature forte : le monolithe ou le bloc à l'aspect brut. Le matériau — bois, métal, pierre, marbre ou béton — est quasi-systématiquement mis en dialogue avec des structures organiques et imprévisibles telles que les bois d'élan ou la fourrure.
Publié en 2018 chez Rizzoli, Furniture dépasse la simple monographie pour devenir un objet éditorial total. Dès la prise en main, la reliure rigide monochrome impose le minimalisme brutaliste indissociable du travail du créateur américain. L'ouvrage conserve son bandeau OBI d'origine, un détail précieux qui cache une double fonction : une fois déplié, il se transforme en poster grand format.
À l'intérieur, les 200 pages proposent un inventaire visuel immersif et intimiste. On y pénètre directement au cœur du Palais Bourbon, ancien siège du Parti Socialiste devenu le sanctuaire du couple. L'ouvrage documente la genèse des pièces désormais iconiques, des chaises Antler aux tables en écorce pétrifiée, en passant par les structures monumentales en béton ou les assises en albâtre. Au-delà des pièces de galerie, le livre dévoile le mobilier du quotidien — vaisselle, lits, espaces de travail — aux côtés de photographies inédites montrant les maquettes, les ateliers, le sourcing des matières brutes et le travail de la main. Un document d'archive essentiel pour saisir comment Rick Owens a étendu son esthétique jusqu'à en faire une véritable architecture de vie.